La maladie noire de l'abeille

Entretien avec Aziz HMIMD et à Patrick PAUBEL (vétérinaire retraité) que nous remercions pour leur participation.

Odile : Bonjour Aziz , Bonjour Patrick. 2020 nous a non seulement fait subir le confinement mais a encore pu réserver quelques surprises à certains apiculteurs. Vous nous aviez fait part de votre constat sur une de vos ruches infestées par la maladie noire : quand vous en êtes-vous aperçu ?

Aziz HMIMD : Je me suis rendu compte qu'il y avait un problème à la mi-avril 2020

Patrick PAUBEL : cette maladie est décrite souvent au mois de Mai : on l’appelle « Mal de Mai »

Odile : Quels furent les symptômes qui vous ont alerté ?

Aziz HMIMD : Ce qui m'a alerté, c'est un groupe d'abeilles qui restait sur la face avant de la ruche et la planche d'envol. Elles étaient tremblantes, pas de déformation particulière.
Pour les abeilles de cette ruche. Le nombre d'abeilles au début du constat n'était pas très important, puis ensuite un tapis d'abeilles.

Patrick PAUBEL : les symptômes sont : abeilles paraissant petites, sans pilosité, noires brillantes, paralysies ou abeilles mortes à abdomen gonflé et ailes en croix, butineuses poussées dehors par abeilles saines ou mortes devant et dans la ruche.

Odile : Pouvez-vous nous décrire l’état général de votre ruche ? (ruche faible, forte, vieille reine…)

Aziz HMIMD : C'était une ruche très forte je dirais même la plus forte de mon rucher. La reine avait un an.

Patrick PAUBEL : Toute ruche peut être porteuse du virus, et cela se manifeste par un affaiblissement et par un effondrement des butineuses.

Odile : Sauriez-vous donner une raison à l’infestation de cette ruche ?

Aziz HMIMD : Pour moi, la raison est le fait d'avoir entreposé les éléments de mes ruches (Hausses, corps...) en forêt et non dans un endroit clos et sec)

Patrick PAUBEL :Il n’y a pas de transmission par le Varroa. Il y a transmission par les miellats, et par les fourmis qui sont souvent porteuses. Une forêt à proximité peut favoriser le virus.

Odile : Quelles mesures avez-vous entreprises ?

Aziz HMIMD : J'ai déplacé la ruche, et j'ai traité au varromed.

Patrick PAUBEL : Pas de traitement, à part changer de reines et déplacer les ruches. Le virus causal se nomme CBPV (Chronic Bee Paralysis Virus, soit en Français virus de la paralysie chronique de l’abeille).
Ne pas hiverner les ruches près de forêts de sapins car cela augmente la charge virale. Maintenir des ruches fortes, donc traitement contre Varroa à efficacité contrôlée.

Odile : Avez-vous pu sauver cette ruche ?

Aziz HMIMD : Je ne pense pas que c'est moi qui ai sauvé cette ruche car finalement je n'ai pas pu faire grand chose à mon grand regret, mais elle s'est régénérée toute seule.

Odile : Comment s’est-elle comportée ensuite ?

Aziz HMIMD : Après avoir déplacé la ruche, les tapis d'abeilles ont continué pendant plusieurs jours, ensuite elle a repris son cours normal, par contre pas de récolte pour cette ruche.

Odile : Avez-vous d’autres remarques ?

Aziz HMIMD : J'ai beaucoup de choses à dire, en espérant que cette expérience servira à notre passion.
Cette expérience finalement à été pour moi un mal pour un bien car ça m'a fait l'effet d'un électrochoc, j'ai réalisé vraiment pour la première fois la fragilité de cet Ecosystème mais aussi la responsabilité qui nous incombe.
Aujourd'hui j'ai une approche sanitaire stricte, aux moindres doutes sur un cadre je supprime celui ci, le nettoyage de mon matériel est très rigoureux, je n'ouvre une ruche que quand il est essentiel d'ouvrir.
Je pense pour ma part, je parle bien entendu des apiculteurs de loisirs, que lorsque on se rencontre entre apiculteurs, nous aurons fait un grand pas si notre première question était « Tes abeilles sont elles en bonne santé ? » et arrêter cette "compétition" à celui qui fera le plus de miel.
Je pense que nous nous devons de respecter les abeilles (et la nature en général) en pratiquant une apiculture SAINE ET RESPONSABLE. Désolé je sors un peu du sujet mais ça me tenait à cœur.

Bonne saison apicole à tous